Au revoir papa
Par Brigitte Marleau
Chaque nuit, en silence, tu souffrais.
À la cuisine, tu t’en allais,
T’avalais tout ce que tu pouvais.
Mais c’tait jamais assez pour oublier le passé.
Tes remords, tu les mangeais,
Tu croquais d’dans.
C’était soulageant pour un instant.
De plus en plus lourd,
De plus en plus gros,
T’avais le cœur gros.
C’est pas que tu savais pas…
C’est pas que t’essayais pas…
C’est pas que tu voulais pas…
Mais c’tait plus fort que toi…
Y’a des combats comme ça des fois…
Au fond de toi, le vide se creusait,
Comme de l’acide, ça te grugeait.
Si seulement t’avais pu…
Si seulement t’étais resté…
Si seulement tu pouvais rembobiner et tout recommencer.
Tes remords, tu les mangeais,
Tu croquais d’dans.
C’tait soulageant pour un instant.
De plus en plus lourd,
De plus en plus gros,
T’avais le cœur gros.
C’est pas que tu savais pas…
C’est pas que t’essayais pas…
C’est pas que tu voulais pas…
Mais c’tait plus fort que toi…
Y’a des combats comme ça des fois…
T’as essayé de réparer,
Tes erreurs du passé.
Mais les chats échaudés,
Ce sont pas laissés flatter,
Y sont virés, y t’ont griffés.
Et c’est là que t’as compris,
Que tout était fini.
Que des enfants que t’abandonnes,
Ça mord et ça remord.
Que tous les coups de téléphone,
Ne changerait rien jusqu’à ta mort.
Tes remords, tu les mangeais,
Tu croquais d’dans.
C’tait soulageant pour un instant.
De plus en plus lourd,
De plus en plus gros,
T’avais le cœur gros.
C’est pas que tu savais pas…
C’est pas que t’essayais pas…
C’est pas que tu voulais pas…
Mais c’tait plus fort que toi,
Y’a des combats comme ça des fois…
Tes remords, tu les mangeais,
Tu croquais d’dans!
C’tait soulageant mais ç’a pas duré longtemps.
De plus en plus lourd,
de plus en plus gros,
C’est moi qu’y avait le cœur gros.
À l’hôpital, ça m’a fait mal,
en entendant tes derniers mots…
J’ veux un gâteau.
Au revoir papa…
Je t’aimais… je t’aime ben gros.
